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Condorcet


Condorcet ( AG St-Valéry-en-Caux, avril 2013)
Chers collègues,
Comme depuis bientôt deux ans je suis en retraite, je ne me sens plus vraiment les compétences et donc le droit de vous parler de l’école ou de la mairie. Je suis, comme vous tous ou presque, même quelquefois d’un peu loin, l’actualité, et je ne pourrais que vous répéter ce que j’ai lu, vu ou entendu dans les médias, ce qui n’apporterait rien. Je vais cependant vous parler de l’école, mais pas de l’école d’aujourd’hui, mais des origines de l’école, de notre bonne vieille Ecole Publique qui nous a tant donné et à qui nous avons également donné toute notre vie.
L’idée m’est venue il y a un bon moment déjà, à l’occasion de la lecture d’un n° spécial du magazine Marianne d’il y a 18 mois environ , consacré à L’Ecole de la République. Ce hors-série était sorti à l’époque – c’était en septembre 2011 – où plusieurs sondages indiquaient que deux Français sur trois estimaient que l’école fonctionnait mal. Y a-t-il eu évolution des jugements depuis ce temps, je n’en sais rien, et ce serait un autre débat qui n’est pas l’objet de mon propos. A la lecture de ce magazine, j’ai appris pas mal de choses sur la fondation de notre école. Bien sûr, je connaissais comme vous ceux qui ont beaucoup œuvré pour elle : Jules Ferry cela va de soi qui a fondé l’école primaire républicaine et laïque comme nous la connaissons, mais aussi François Guizot, précurseur un peu oublié qui, par sa loi de 1833, a obligé chaque commune à ouvrir une école de garçons (l’ouverture d’écoles pour les filles interviendra en 1836 grâce à la loi Pelet). D’autres hommes politiques ont aussi beaucoup œuvré pour l’école ; je pourrais citer Victor Duruy dans les années 1860, Jean Zay à l’époque du Front Populaire, et bien d’autres.
Aujourd’hui, je vais vous dire quelques mots d’un précurseur plus ancien encore et qui a donné son nom à bon nombre d’établissement scolaires à travers notre pays. Nous allons remonter au temps de la Révolution Française et même quelques années auparavant, à une époque où l’école était réservée à une élite. Ce précurseur, dans les idées tout au moins, était un digne héritier du siècle des lumières, époque placée sous le sceau de l’instruction et qui a permis de faire évoluer bien des idées de progrès au sein des populations. Rousseau (dans l’Emile) et Diderot lançaient déjà l’idée de mettre en place une éducation publique en apportant plusieurs réformes du système en place. La première grande réforme prônée par les Lumières est la sécularisation de l’école, c'est-à-dire la fin du monopole ecclésiastique et le transfert de la mission de scolarisation à l’Etat ; la deuxième est l’obligation et la gratuité ; la troisième est l’instauration de nouveaux contenus plus axés vers un savoir utilitaire, scientifique et technique. La Constitution de 1791 reprend d’ailleurs le principe d’une instruction publique, gratuite et commune à tous.
Ce précurseur de l’instruction publique était un aristocrate, un marquis. De son véritable nom de famille, Marie Jean Antoine Nicolas Caritat, il était marquis de la petite ville de Condorcet dans le Dauphiné. Né en 1743 dans l’Aisne, il fit son éducation chez les jésuites. Très rapidement, il se fait remarquer par ses capacités intellectuelles et devient à seize ans l’élève de l’encyclopédiste d’Alembert. Il se consacre d’abord aux sciences et plus spécialement aux mathématiques. Auteur de nombreux essais, notamment sur le calcul intégral et sur le calcul des probabilités, il sera élu à l’Académie royale des sciences dont il deviendra plus tard secrétaire et deviendra également secrétaire de l’Académie Française. Sous le ministère de Turgot, il sera nommé inspecteur général de la Monnaie. Il va aussi s’intéresser à la philosophie et à la politique, défendra les droits de l’homme et particulièrement celui de la femme pour qui il prône le droit de vote (en 1790) et s’opposera à l’esclavagisme. A l’instar de Voltaire dont il a publié une biographie, il se montre tout à fait opposé à l’Eglise et fera même preuve d’un anticléricalisme virulent.
En 1789, grand défenseur de causes libérales, il se lance à fond dans l’activité politique et deviendra un des acteurs importants de la Révolution dont il espère qu’elle conduira à une reconstruction rationaliste de la société. Elu au conseil municipal de Paris après le 14 juillet 1789, il fonde, dirige et collabore à plusieurs journaux et publications. En 1791, il est élu député de Paris au sein de l’Assemblée législative et y siège avec les Girondins. Il siégera ensuite à la Convention comme député de l’Aisne. Opposé à la peine de mort, il ne votera pas l’exécution de Louis XVI.
A l’Assemblée Législative est créé un comité d’Instruction publique dont il est élu président. En mars 1792, il est nommé rapporteur du projet de décret sur l’organisation générale de l’instruction publique et, en avril1792, il présente devant les députés un projet de réforme du système éducatif. Il y prône un enseignement laïque, gratuit, non obligatoire et divisé en cinq degrés et catégories d’établissements : les écoles primaires, de 9 à 13 ans, chargées de la formation civique et pratique ; les écoles secondaires, de 13 à 16 ans, dans lesquelles seront surtout enseignées les mathématiques et les sciences, les instituts, de 16 à 21 ans, assurant entre autres  la formation des maîtres, les lycées pour la formation des professeurs et pour les études plus approfondies, la société des sciences et des arts, sorte d’académie couronnant le système.
Hélas, la Révolution avait d’autres chats à fouetter, et devant l’urgence de l’actualité politique, Condorcet doit même inter-rompre la lecture de son discours pour laisser le temps à la Législative de déclarer la guerre au roi de Bohême et de Hongrie. Il ne terminera la lecture de son projet que le lendemain. Son rapport sera imprimé mais son inscription à l’ordre du jour des travaux de l’Assemblée ne sera jamais effective. En juillet 1793, Robespierre lui-même présentera un autre plan d’éducation nationale. Finalement, un décret de décembre 1793 limitera l’instruction aux enfants de six à huit ans ; on enseignera les connaissances rigoureusement nécessaires aux citoyens. Les personnes chargées d’enseignement dans ces écoles s’appellent « instituteurs ». Ce décret ne sera que partiellement appliqué, et ce pendant quelques décennies encore.
La liberté de pensée de Condorcet lui vaudra de fortes inimitiés et, quand les Girondins perdront le contrôle de l’Assemblée, il sera condamné pour trahison pour avoir critiqué la proposition de nouvelle constitution des Jacobins. Un mandat d’arrêt est lancé à son encontre et il doit se cacher pendant plusieurs mois. Il tente ensuite de fuir, mais il est arrêté le 27 mars 1794. On le retrouvera deux jours plus tard mort dans sa cellule. Les circonstances de sa mort restent énigmatiques.
La pensée de Condorcet a mis encore près d’un siècle à devenir réalité, mais le train était en marche. Pour Michelet, célèbre historien du XIXème siècle, il est le denier des philosophes du XVIIIème. Condorcet a toujours pensé que le progrès ne peut se mettre en place qu’en instruisant le peuple, d’où ses réflexions très en avance sur son temps, sur la création d’une école publique, laïque et gratuite.
 

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