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AG AMIENS 2016


Mémoire collective : AG de Amiens-Glisy
                Chers collègues,
                Cet article de « mémoire collective » va un peu détonner (avec deux « n ») mais j’espère qu’il ne détonera pas (avec un seul « n ») [ à ce propos veuillez excuser les deux énormes fautes d’orthographe qui se sont glissées dans le dernier paragraphe du compte rendu de l’AG de Chartres et qui sont passées au travers de plusieurs relectures de la dernière maquette du dernier Greffier ; j’en assume la responsabilité]. En effet, mon article ne relatera pas réellement un fait de notre mémoire collective de SMI bien qu’il fasse état des « productions » de l’un de nos prédécesseurs dans cette double fonction. Cet article, je ne vous le présente pas aujourd’hui par hasard. Voila plusieurs années que je l’ai plus ou moins en réserve et je savais bien qu’un jour ou l’autre se présenterait l’occasion de le sortir de sa réserve.
                Il concerne donc un SMI, mais pas n’importe lequel ! Oh ! il ne fut pas une « figure » de notre syndicat, un SGN qui aurait marqué son histoire, ni même un membre du conseil syndical (à ma connaissance tout au moins). Ce fut un SMI de nos campagnes, de la campagne locale, de la campagne picarde veux-je dire.
                En effet, aujourd’hui nous sommes en Picardie, tout comme il y a dix ans d’ailleurs. A l’époque, nous étions à la limite du Nord-Pas-de-Calais. Mais maintenant, ces 2 régions n’en forment plus qu’une qui vient d’être nommée les Hauts de France, alors Vive les Hauts de France, je ne suis pas nostalgique ! Mais chacun, dans sa région antérieure, gardera son identité. L’identité d’une région n’est pas, comme le croient ou feignent de le croire certains de nos éminents énarques, uniquement administrative ; elle est aussi dans les coutumes et les relations que tissent ses habitants et passe donc beaucoup par la langue parlée.
                En ce qui nous concerne, il s’agit de la langue picarde, du patois picard. Ce patois n’est pas seulement parlé en Picardie et ce n’est pas le petit fleuve côtier Authie qui constitue plus ou moins une bonne partie de l’ancienne « frontière » entre Nord-Pas-de-Calais et Picardie qui a stoppé sa progression vers le Nord. Dans nos petits villages du Pas-de-Calais, on parlait (de moins en moins, on pourrait certainement le regretter) le patois. Chaque village, chaque hameau presque avait se mots particuliers et sa propre prononciation.
                Une petit exemple : la prononciation des verbes à un temps que nous enseignions à nos élèves sous le nom d’imparfait (j’ai toujours pensé que c’était là  une bien vilaine appellation pour un temps qu’on exigeait que nos élèves apprennent!). En patois, on ne prononçait pas correctement le son final « ait » de l’imparfait. Dans beaucoup d’endroits, on le prononçait [o] et [ote] au pluriel ou bien [ète]. On disait par exemple : « ché tiots y mingeote fort bien et y se portote core miu ! » ou bien « ché tiots y mingète fort bien et y s’portète core miu ! ». Dans mon village, on faisait mieux encore : on associait les deux sons (phonèmes, pour les puristes !) terminaux : [o] + [ète] donnait [ouète]. On disait ainsi : « ché tiots y mingouète fort bien et y se portouète core miu ! ». Je trouve (mais je suis certainement un peu chauvin ou tout au moins nostalgique de ce temps de mon enfance où à la maison on ne parlait que le patois) que ce « ouète » sonnait fort bien et qu’il fleurissait, si j’ose dire, la langue ! Je pourrais citer beaucoup d’autres exemples encore et je suis certain que beaucoup d’entre vous pourraient en faire autant en parlant de leur langue locale.
      Bon, revenons à nos moutons car je me suis un peu égaré. Je m’aperçois que je n’ai pas encore cité le nom de ce SMI picard dont je parle depuis tout à l’heure. De son vrai nom, Fernand PRUVOT (un nom bien de chez nous !). Il est né à Fouilloy (Somme) en 1894. Il fut instituteur stagiaire avant d’être mobilisé en 1914. Après la Grande Guerre, il a été instituteur dans le village de Méricourt-sur-Somme, à une bonne vingtaine de km à l’Est d’ici, jusqu’en 1952. Il y fut également secrétaire de mairie. Il se faisait appeler « Ech Marister ed Rustoville » en patois picard, ce qui signifie, vous l’aurez compris, « l’instituteur de Rustoville ». Il a écrit divers ouvrages en vers et en prose, des contes picards, une monographie sur son village de Méricourt, il a aussi collaboré à diverses publications, notamment à la rédaction du Bulletin du Syndicat départemental des instituteurs et au Bulletin des secrétaires de mairie instituteurs, à Amis-Coop, etc... Il est décédé en 1960 à Amiens.
      Voici comment ech marister définissait Rustoville : " Rustoville est un village de FRANCE, comme il y en a tant d'autres. Vous chercheriez vainement ce nom sur le bottin des Communes. Nul bottin ne le mentionne. Il n'en n'existe pas moins un peu partout du Nord au Sud et de l'Est à l'Ouest de notre pays. Beaucoup d'autres villages se nomment autrement des cîmes pyrénéennes aux terrils nordiques, de l'Armor au ciel gris aux confins azurés d'Italie. Et tous sont un peu Rustoville, chacun à sa manière. L'un lui ressemble par son maire, un autre par son curé, un autre encore par son garde ou son instituteur. Ne cherchez donc pas à identifier les types que je mets en scène. Ils ont existé, existent ou existeront quelque part en France. Que certains de mes personnages s'apparentent plus ou moins fidèlement à des gens de votre connaissance, ce n'est pas impossible ; il est des types éternels. "
      Fernand PRUVOT a écrit des contes publiés aux éditions « Ch’lanchron » en 2006, plus de 50 ans après sa disparition. Il existe également un site internet qui lui est dédié :   http://marister.rustoville.pagesperso-orange.fr/ et dans lequel il est présenté comme écrivain, poète et auteur de contes en picard. Il se définit comme écrivain de contes campagnards destinés à instruire en amusant
      Le journal « Ch’lanchron » est entièrement rédigé en picard et parait depuis 1980 Il est désormais doublé d’un site : http://lanchron .fr qui se définit désormais sur son site comme « èch picard din chl’intarnète ». Sur ce site, vous trouverez le nom de Fernand PRUVOT dans la liste alphabétique des auteurs et toute la liste de ses publications dans le journal.
      A propos, savez-vous ce qu’est un « lanchron » ? Les nombreux jardiniers parmi vous ne peuvent l’ignorer. Il s’agit du nom picard du laiteron appelé aussi « herbe aux lapins ». Ce nom vient sans doute du fait que, si vous la cassez, sa sève est blanche comme du lait. Cette plante (et j’en sais quelque chose !) a la particularité de bien se fondre dans le décor. On ignore qu’elle pousse allègrement sans son coin et tout à coup, à 1m de hauteur, on voit apparaître une inflorescence, ou pire encore, un reste d’inflorescence qui a semé tout son paquet de graines dans les environs. Il est trop tard pour agir efficacement bien sûr et il n’y a plus qu’à surveiller l’endroit l’année suivante (ou même avant, car la repousse est rapide).
      Pour terminer mon article sur notre collègue, je vais vous lire une de ses poésies parue dans le Greffier de décembre 1948. Le texte est extrait du Bulletin trimestriel de la section de la Somme et a pour intitulé «  Le Greffier » :
 
 
 
                  LE GREFFIER
 
Contre tous les bureaux de tous les ministères,
Contre chefs et sous-chefs, pères des circulaires,
                Contre leurs dactylos,
Tous, ligués contre lui, même au temps des vacances,
Solitaire il fait front et, sans peur, il s’avance,
                Brandissant son stylo.
 
Au levant, au couchant, partout, au sud, au pôle,
Il s’attaque au courrier, le soir, après l’école,
                Sans espoir de renfort.
A l’heure du sommeil, sans répit et sans trêve,
Il est là, fier, joyeux… et tant pis s’il en crève,
                Alors que chacun dort.
 
Par retour ? Très urgent. Formules rituelles…
Ce sont renseignements, statistiques nouvelles,
                États de fin de mois,
O France, chaque jour, quel flot de paperasses !
Mariages, décès, recensement des classes,
                Et les ventes de bois.
 
Il colle des tickets, s’occupe des naissances,
Rédige des avis, transmet des assurances,
                Convoque les pompiers.
Et les certificats, les états qu’on émarge,
Les cartes d’étrangers et les cahiers des charges
                S’entassent à ses pieds.
 
Il croit avoir fini. Mais alors certains osent
S’aviser qu’au chef-lieu trop de gens se reposent…
                La Hache va frapper.
Il lui faut aussitôt convoquer les nomades,
Pour savoir si parfois ils sèment des salades
                Et s’ils sont constipés.
 
Le M.R.U. l’ennuie ; le contrôleur est pire ;
Le garde le jalouse et le facteur l’admire ;
                Le « Gros » l’a en dédain.
Le percepteur le hait, les conseillers l’écoutent,
Et les gouvernements, tour à tour, lui dégoûtent.
                Personne ne le plaint.
 
Le Syndicat lui dit : « Collègue, j’ai beau faire :
Pas de congé payé, d’heure supplémentaire,
                Et de retraite point…
Mais, qu’il soit chevronné ou jeune sans moustache,
Il n’interrompt parfois sa longue et lourde tâche
                Que lorsque le jour point.
 
Défenseur mal payé de la chose publique,
Il lui faudra finir par dîner d’une brique,
                Quand, un jeudi, c’est sûr,
Contemplant le budget toujours déficitaire,
Il verra devant lui surgir Monsieur le Maire,
                Montrant du doigt le mur.
 
                                               Ech Marister ed Rustoville
 
M. R. U. : Ministère de la reconstruction et de l’urbanisme
 
 
 
               

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